LISE SARFATI SHE. Texte Christophe Lunn
La Lettre de la Photographie.com 28.02.2012

Rosegallery, Los Angeles présente l’une après l’autre deux expositions On Hollywood puis She et confirme le talent de Lise Sarfati qui rejoint le cercle fermé d’artistes français qui s’exportent avec succès.

Lise Sarfati arrive à New York en 2003. Elle part à New Orleans pour commencer sa série The New Life (Twin Palms, Publisher 2005). Puis elle traverse de nombreuses petites villes au Texas, en Arizona, en Californie et en Oregon. Elle revient à Los Angeles en 2009 et 2010 pour photographier les femmes qu’elle a croisées sur les boulevards du quartier d’Hollywood.

Alors que She est un jeu de miroir intime et complexe entre quatre femmes, deux fois deux soeurs, On Hollywood est axé sur le paysage. Les deux séries se suivent mais ne se ressemblent pas. Elles font partie d’un puzzle que Lise Sarfati construit patiemment, inlassablement. Les personnages féminins ont des points communs : elles sont fragiles et fortes à la fois, elles sont décalées, elles se projettent dans une réalité dont elles seules semblent détenir la clef. Pour On Hollywood les rencontres sont le fruit d’une démarche précise. Les femmes de cette série sont vulnérables mais ce sont des femmes qui se battent pour leur survie : des danseuses, des junkies, des actrices en mal de rôle, des provinciales. Sarfati a choisi ces filles pour leur personnalité, leur aura, leur vie décalée. “Elles sont réelles et c’est leur charge émotionnelle qui m’a attirée vers elles.” On a l’impression que ces femmes traversent la vie comme des fantômes. Il n’y a jamais de regard direct. “C’est le viewer qui est le seul à regarder et à promener son regard sur la surface de l’image. Ce qui donne à l’image sa propre autonomie. Les filles sont aussi importantes que le paysage.” Elle choisit les lieux sans caméra, avec son regard, en revenant de nombreuses fois au même endroit car elle s’y sent bien.

La simplicité du boulevard l’étonne.

Pour cette série, Lise Sarfati utilise une pellicule Kodachrome 64, celle des films hollywoodiens des années 1940. Ce sera l’ultime série de photos réalisé avec ce film, dont la production a été interrompue en juin 2009. Le dernier développement des pellicules s’est fait en décembre 2010.

Cette série renvoie au cinéma de David Lynch ou Wim Wenders aussi bien qu’aux photographies de William Eggleston (pour la couleur) ou Harry Callahan (en particulier sa série de portraits volés appelée : Women Lost in Thought). Mais chez Lise Sarfati ces influences sont parfaitement assimilées. Elle aboutit à une signature visuelle forte, moderne et identifiable, liée à un sentiment d’intériorité. Et, grâce à la beauté et la justesse de ses œuvres, on la suit volontiers.

En France, la BNF prépare une rétrospective de ses œuvres pour 2014. Un livre sur la série She est prévu au printemps-été 2012 (TwinPalmsPublisher).

Christophe Lunn

http://lalettredelaphotographie.com/archives/by_date/2012-02-28/5777/lise-sarfati-on-hollywood